Pour 2BAC PC2BAC SVT2BAC SMMis à jour le 15 octobre 2026
Objectifs pédagogiques
Connaître la signification du symbole ${}_{Z}^{A}X$ et donner la composition du noyau correspondant.
Reconnaître les domaines de stabilité et d'instabilité des noyaux sur le diagramme de Segré (N, Z).
Définir un noyau radioactif et connaître les lois de conservation de Soddy.
Identifier et écrire les équations des radioactivités $\alpha$, $\beta^-$, $\beta^+$ et l'émission $\gamma$.
Connaître et exploiter la loi de décroissance radioactive $N(t) = N_0 e^{-\lambda t}$.
Définir l'activité d'une source radioactive et savoir que 1 Bq correspond à une désintégration par seconde.
Compétences visées
Écrire l'équation d'une réaction nucléaire en appliquant strictement les deux lois de conservation.
Exploiter la courbe de décroissance pour déterminer la constante de temps $\tau$ et le temps de demi-vie $t_{1/2}$.
Utiliser les relations mathématiques entre le temps de demi-vie $t_{1/2}$, la constante radioactive $\lambda$ et $\tau$.
Déterminer l'âge d'un échantillon par la méthode de datation au Carbone 14 ou par d'autres radioéléments.
Vérifiez vos prérequis
De quoi est constitué un atome ?
Un atome est constitué d'un noyau central (contenant des protons et des neutrons) autour duquel gravitent des électrons formant un nuage électronique.
Qu'appelle-t-on "nucléons" ?
Les nucléons sont les particules qui constituent le noyau de l'atome, c'est-à-dire l'ensemble des protons et des neutrons.
Qu'est-ce qu'un élément chimique ?
Un élément chimique est l'ensemble des atomes ou des ions qui possèdent le même numéro atomique $Z$ (le même nombre de protons dans leur noyau).
Situation de départ
Lors d'une mission d'exploration dans l'Anti-Atlas, une équipe d'archéologues a découvert les ruines d'un ancien Agadir (grenier collectif fortifié). Parmi les décombres, ils ont retrouvé des fragments de poutres en bois d'arganier.
Les habitants de la vallée affirment que ce grenier a été construit il y a plusieurs siècles pour protéger les récoltes, mais la date exacte de sa fondation reste inconnue. Pour la déterminer, un fragment du bois d'arganier est analysé au Carbone 14. Les résultats montrent une activité radioactive nettement inférieure à celle d'un bois d'arganier vivant actuel.
Problème : D'où provient cette radioactivité naturelle présente dans le bois ? Comment sa diminution progressive au fil des siècles permet-elle de déterminer l'âge exact de la construction de l'Agadir ?
La datation d'un bois ancien d'un Agadir repose sur la décroissance de sa radioactivité.
1. Structure du noyau et découverte de la radioactivité
Structure de la matière
Activité documentaire : L'histoire d'une découverte inattendue
Activité documentaire : La découverte de la radioactivité
Les pionniers de la radioactivité : Henri Becquerel, Marie et Pierre Curie (Prix Nobel de Physique 1903).
En 1896, le physicien français Henri Becquerel étudiait le phénomène de la fluorescence. Il pensait que certains sels d'uranium émettaient des rayons visibles uniquement après avoir été exposés longuement à la lumière du soleil.
Cependant, fin février 1896, le ciel de Paris était très couvert. Becquerel décida de ranger ses plaques photographiques neuves et ses échantillons d'uranium dans un tiroir sombre, pensant reporter ses expériences à des jours plus ensoleillés.
Le 1er mars, par acquis de conscience, il décida de développer ses plaques photographiques restées dans l'obscurité totale. À sa grande surprise, les plaques étaient fortement impressionnées (noircies) avec la silhouette exacte des cristaux d'uranium ! Il répéta l'expérience avec soin et conclut de manière irréfutable : l'uranium émet spontanément des rayonnements invisibles et très pénétrants, sans aucune excitation extérieure préalable.
Deux ans plus tard, en 1898, les scientifiques Pierre et Marie Curie découvrirent dans le même minerai deux nouveaux éléments beaucoup plus rayonnants que l'uranium : le Polonium (nommé en l'honneur de la patrie de Marie Curie) et le Radium. C'est à cette occasion que Marie Curie inventa le mot scientifique « Radioactivité » pour décrire cette propriété incroyable de la matière.
Les sels d'uranium laissent une trace indélébile sur la plaque photographique dans l'obscurité totale.
Questions :
1 Le phénomène de la radioactivité a-t-il été découvert de manière préméditée par une prédiction théorique ou par un pur hasard expérimental ?
2 En vous basant sur le texte, donnez une définition simple de la radioactivité.
3 Citez les noms des deux nouveaux noyaux radioactifs identifiés par Pierre et Marie Curie en 1898.
Voir les réponses
1 La radioactivité a été découverte par pur hasard (on parle de sérendipité), suite à un contretemps météorologique qui a poussé Becquerel à ranger ses échantillons dans un tiroir obscur.
2 La radioactivité est la propriété que possèdent certains atomes d'émettre spontanément (naturellement et sans excitation) des rayonnements invisibles et pénétrants.
3 En 1898, Pierre et Marie Curie ont identifié le Polonium et le Radium.
Symbole et composition du noyau
En physique nucléaire, le noyau d'un atome X est symbolisé de la manière suivante :
$$_{Z}^{A}X$$
X : Symbole de l'élément chimique (ex: C pour Carbone, U pour Uranium).
Z (Numéro atomique) : C'est le nombre de protons contenus dans le noyau. C'est ce nombre qui définit l'élément chimique. Il est aussi appelé nombre de charge.
A (Nombre de masse) : C'est le nombre total de nucléons (la somme des protons et des neutrons).
Le nombre de neutrons, noté N, se calcule simplement par la soustraction : $N = A - Z$.
Les isotopes
On appelle isotopes, des noyaux qui possèdent le même nombre de protons (même Z), mais un nombre différent de neutrons (N différent, et donc un A différent).
Puisqu'ils ont le même Z, les isotopes appartiennent au même élément chimique et ont les mêmes propriétés chimiques, mais leurs propriétés nucléaires (comme la stabilité) diffèrent grandement.
Exemple : Le Carbone possède trois isotopes principaux : le Carbone 12 (${}_{6}^{12}C$), le Carbone 13 (${}_{6}^{13}C$) qui sont stables, et le Carbone 14 (${}_{6}^{14}C$) qui est instable (radioactif).
Dans la nature, un élément chimique se présente souvent sous la forme d'un mélange de ses différents isotopes. La proportion de chaque isotope dans ce mélange naturel est appelée l'abondance naturelle (exprimée en pourcentage). Par exemple, le Carbone naturel est composé à environ 98,9% de Carbone 12, à 1,1% de Carbone 13, et à l'état de traces infimes de Carbone 14.
Le nucléide
Un nucléide désigne l'ensemble des atomes ou noyaux identiques, c'est-à-dire ayant exactement le même nombre de protons ($Z$) et le même nombre de neutrons ($N$). Contrairement au terme "élément chimique" (qui regroupe tous les isotopes partageant un même $Z$), le terme "nucléide" cible une espèce nucléaire bien précise et unique.
Exemple : L'Uranium 238 (${}_{92}^{238}U$) et l'Uranium 235 (${}_{92}^{235}U$) appartiennent au même élément chimique, mais ce sont deux nucléides totalement différents en physique nucléaire.
La densité de la matière nucléaire
Le noyau atomique est infiniment petit. Son rayon $r$ dépend du nombre de nucléons $A$ selon la relation empirique : $r = r_0 \cdot A^{1/3}$, avec $r_0 \approx 1,2 \cdot 10^{-15} \text{ m}$ (soit $1,2 \text{ fm}$, femtomètre).
Démonstration détaillée de la densité nucléaire :
Calculons la masse volumique (densité absolue) $\rho$ du noyau, définie par $\rho = \frac{m_{noyau}}{V_{noyau}}$.
La masse du noyau : Elle est quasiment égale à la somme des masses de ses nucléons. $m_{noyau} \approx A \cdot m_p$ (avec $m_p \approx 1,67 \cdot 10^{-27} \text{ kg}$ la masse d'un nucléon).
Le volume du noyau : En assimilant le noyau à une sphère parfaite, son volume est $V_{noyau} = \frac{4}{3} \pi r^3$.
En remplaçant $r$ : $V_{noyau} = \frac{4}{3} \pi (r_0 \cdot A^{1/3})^3 = \frac{4}{3} \pi \cdot r_0^3 \cdot A$.
En remplaçant dans la formule de la masse volumique :
Conclusion : Le nombre de masse $A$ se simplifie ! La densité de la matière nucléaire est donc indépendante du type de noyau (elle est la même pour tous les atomes). En effectuant le calcul numérique, on trouve $\rho \approx 2,3 \cdot 10^{17} \text{ kg/m}^3$. C'est une densité phénoménale (un centimètre cube de matière nucléaire pèserait des centaines de millions de tonnes sur Terre !).
Domaines de stabilité : Le diagramme de Segré (N, Z)
Ouvrir la simulation : Domaines de stabilité : Le diagramme de Segré (N, Z)
Il existe dans la nature des centaines de noyaux différents. Certains sont stables et ne changeront jamais. D'autres sont instables (radioactifs) et se transformeront un jour. Pour visualiser cette stabilité, les physiciens placent tous les noyaux connus sur un graphique appelé le diagramme de Segré. En abscisse figure le nombre de protons Z, et en ordonnée le nombre de neutrons N.
Diagramme (N, Z) de Segré : Les noyaux stables (en noir) forment la "Vallée de stabilité".
Analyse du diagramme :
Les noyaux stables (zone rouge) se regroupent dans une zone appelée la vallée de stabilité.
Pour les noyaux légers ($Z < 20$), la stabilité est obtenue lorsque le nombre de protons est approximativement égal au nombre de neutrons ($N \approx Z$, soit la droite d'équation $N=Z$).
Pour les noyaux plus lourds ($Z > 20$), la répulsion électrique entre les nombreux protons devient très forte. Pour maintenir le noyau uni, il faut un surplus de neutrons. La vallée de stabilité s'écarte au-dessus de la droite $N=Z$ (donc $N > Z$).
Les noyaux situés en dehors de cette vallée noire sont instables (radioactifs). Ils chercheront à s'en rapprocher en émettant des rayonnements.
Testez-vous
2. Les types de radioactivité
Animation des différentes désintégrations nucléaires
La radioactivité est une transformation nucléaire spontanée, inéluctable et aléatoire (on ne peut pas prévoir à quel instant précis elle aura lieu). Au cours de cette transformation, un noyau instable (appelé noyau père) se désintègre pour formmer un nouveau noyau plus stable (appelé noyau fils), en émettant une particule et souvent un rayonnement électromagnétique.
Les lois de conservation de Soddy
Lors de toute réaction nucléaire, le chimiste Frederick Soddy a établi que deux grandeurs fondamentales sont strictement conservées :
Considérons l'équation générale d'une désintégration :
Loi de conservation du nombre de masse A (Nucléons) : La somme des nombres de masse avant la réaction est égale à la somme après la réaction. $\implies \mathbf{A = A' + a}$
Loi de conservation du nombre de charge Z (Protons) : La somme des numéros atomiques avant la réaction est égale à la somme après la réaction. $\implies \mathbf{Z = Z' + z}$
La radioactivité $\alpha$ (Alpha)
Ce type de radioactivité concerne principalement les noyaux lourds (qui possèdent trop de nucléons, tout au bout du diagramme de Segré). Le noyau père instable expulse une particule lourde : un noyau d'Hélium ${}_{2}^{4}He$, que l'on appelle particule $\alpha$.
Désintégration Alpha ($\alpha$) : Le noyau perd 2 protons et 2 neutrons d'un coup.
La radioactivité $\beta^-$ (Bêta moins)
Ce type concerne les noyaux qui possèdent un excès de neutrons (situés au-dessus de la vallée de stabilité). Pour retrouver la stabilité, un neutron à l'intérieur du noyau se transforme magiquement en un proton, en expulsant un électron ${}_{-1}^{0}e$ très rapide (appelé particule $\beta^-$).
Désintégration Bêta moins ($\beta^-$) : Un neutron devient proton et éjecte un électron.
La radioactivité $\beta^+$ (Bêta plus)
Ce type concerne les noyaux artificiels qui possèdent un excès de protons (situés en dessous de la vallée de stabilité). Un proton du noyau se transforme en neutron, en expulsant une particule d'antimatière : un positron ${}_{1}^{0}e$ (ou positon, particule $\beta^+$).
Désintégration Bêta plus ($\beta^+$) : Un proton devient neutron et éjecte un positron.
L'émission $\gamma$ (Rayonnement Gamma)
Suite à une désintégration ($\alpha$, $\beta^-$ ou $\beta^+$), le noyau fils nouvellement créé se trouve souvent dans un état "excité" (il possède un surplus d'énergie interne). On le note avec une astérisque ($Y^*$).
Pour revenir à son état fondamental stable et se calmer, il se désexcite en libérant cette énergie excédentaire sous forme d'une onde électromagnétique très énergétique (un photon) : le rayonnement $\gamma$.
${}_{Z}^{A}Y^* \rightarrow {}_{Z}^{A}Y + \gamma$
La famille radioactive
Une famille radioactive est l'ensemble des noyaux créés (fils, petits-fils, etc.) à partir d'un même noyau père instable initial. Le processus de désintégration se poursuit en cascade, d'un noyau instable à un autre, jusqu'à ce que la chaîne s'arrête définitivement en atteignant un noyau parfaitement stable (souvent un isotope du Plomb Pb).
La famille de l'Uranium 238 : Une suite de désintégrations $\alpha$ et $\beta^-$ s'achevant sur le Plomb 206 stable.
Testez-vous
3. La loi de décroissance radioactive
Évolution statistique et mathématique de la décroissance radioactive
Outils mathématiques indispensables (exponentielle et logarithme)
Dans cette partie, nous allons utiliser deux fonctions mathématiques fondamentales que vous étudierez en détail en cours de mathématiques : la fonction Exponentielle (notée $e^x$ ou $\exp(x)$) et la fonction Logarithme Népérien (notée $\ln(x)$). Elles sont "l'inverse" l'une de l'autre.
Voici les règles de calcul à connaître par cœur pour résoudre les exercices de physique :
$e^0 = 1$
$e^{a+b} = e^a \times e^b$
$\frac{e^a}{e^b} = e^{a-b}$
$\ln(e^x) = x$ et $e^{\ln(x)} = x$ (Elles s'annulent mutuellement)
$\ln(a \times b) = \ln(a) + \ln(b)$
$\ln\left(\frac{a}{b}\right) = \ln(a) - \ln(b)$
Activité expérimentale : Évolution d'une population de noyaux
Ouvrir la simulation : Activité expérimentale : Évolution d'une population de noyaux
Activité expérimentale : La courbe de décroissance
On dispose à un instant initial $t=0$ d'un échantillon contenant $N_0$ noyaux radioactifs d'une substance donnée. À l'aide de compteurs spécifiques informatisés, on mesure le nombre de noyaux $N(t)$ qui n'ont pas encore été désintégrés au cours du temps. L'ordinateur trace la courbe d'évolution $N = f(t)$.
La courbe d'évolution du nombre de noyaux radioactifs restants dans l'échantillon.
Questions :
1 Comment évolue le nombre de noyaux radioactifs restants $N(t)$ au fil du temps ? La diminution est-elle linéaire (une droite parfaite) ?
2 En observant cette allure de courbe asymétrique, quelle célèbre fonction mathématique modélise parfaitement ce comportement physique ?
Voir les réponses
1 Le nombre de noyaux restants diminue au cours du temps. Cependant, cette diminution n'est absolument pas linéaire (ce n'est pas une ligne droite). La chute est très rapide au début (quand il y a beaucoup de noyaux), puis ralentit et s'étale longuement vers zéro au fur et à mesure que le temps passe.
2 Cette allure de courbe plongeante qui s'aplatit vers l'axe des abscisses est la signature parfaite de la fonction exponentielle décroissante. Le phénomène physique obéit donc à une loi mathématique exponentielle.
La loi mathématique de la décroissance radioactive
L'évolution statistique du nombre de noyaux radioactifs $N(t)$ encore présents (non désintégrés) dans un échantillon à un instant $t$ suit la loi de décroissance radioactive :
$$N(t) = N_0 \cdot e^{-\lambda \cdot t}$$
$N(t)$ : Nombre de noyaux radioactifs restants à l'instant $t$.
$N_0$ : Nombre initial de noyaux radioactifs à l'instant $t=0$.
$\lambda$ (Lambda) :Constante radioactive. C'est une probabilité de désintégration par unité de temps, strictement positive. Elle est propre et unique à chaque type de noyau (chaque isotope a son propre $\lambda$). Son unité est le $s^{-1}$ (ou $an^{-1}$, $jour^{-1}$).
$t$ : Le temps écoulé depuis le début. Son unité doit correspondre à l'inverse de l'unité de $\lambda$.
La constante de temps ($\tau$)
La constante de temps, notée $\tau$ (tau), caractérise la rapidité avec laquelle l'échantillon radioactif se désintègre. Elle est définie comme l'inverse de la constante radioactive :
$$\tau = \frac{1}{\lambda}$$
Elle s'exprime en secondes (s) dans le système international.
Détermination graphique de $\tau$ : Il existe deux méthodes pour trouver $\tau$ sur la courbe $N=f(t)$ :
Méthode mathématique (37%) : À l'instant $t = \tau$, le calcul donne $N(\tau) = N_0 \cdot e^{-1} \approx 0,37 \cdot N_0$. Il ne reste donc plus que 37% des noyaux initiaux. On repère la valeur $0,37 N_0$ sur l'axe des ordonnées, et l'abscisse correspondante est $\tau$.
Méthode de la tangente : L'abscisse du point d'intersection entre la tangente à la courbe tracée à l'instant initial $t=0$ et l'axe horizontal des temps correspond exactement à $\tau$.
Détermination graphique de la constante de temps $\tau$ sur la courbe de décroissance.
Le temps de demi-vie ($t_{1/2}$)
Le temps de demi-vie radioactive, noté $t_{1/2}$, est la durée au bout de laquelle exactement la moitié des noyaux radioactifs initialement présents dans un échantillon se sont désintégrés. Il en reste donc la moitié.
Par définition : À $t = t_{1/2}$, on a $N(t_{1/2}) = \frac{N_0}{2}$.
Lecture graphique de $t_{1/2}$ : L'abscisse correspondant à l'ordonnée $N_0 / 2$. À $2t_{1/2}$, il en restera $N_0 / 4$, etc.
Démonstration détaillée de l'expression de $t_{1/2}$ :
Partons de la loi de décroissance et appliquons la définition de la demi-vie :
$N(t_{1/2}) = \frac{N_0}{2}$
Remplaçons $N(t_{1/2})$ par son expression exponentielle :
L'activité d'un échantillon radioactif, notée $a(t)$ (ou parfois $A(t)$), représente le nombre moyen de désintégrations qui se produisent par seconde dans cet échantillon. Elle mesure le caractère "dangereux" ou "rayonnant" de la source.
L'unité légale dans le Système International est le Becquerel (Bq). 1 Becquerel = 1 désintégration par seconde.
Mathématiquement, l'activité est l'opposé de la dérivée du nombre de noyaux par rapport au temps (puisque N diminue, sa dérivée est négative) :
$a(t) = -\frac{dN}{dt}$
Démonstration de la loi de l'activité :
Remplaçons $N$ par sa loi exponentielle : $a(t) = -\frac{d}{dt}\left(N_0 \cdot e^{-\lambda t}\right)$
La constante $N_0$ sort de la dérivée. La dérivée de $e^{-\lambda t}$ est $-\lambda \cdot e^{-\lambda t}$.
Or, le produit $\lambda \cdot N_0$ représente l'activité de l'échantillon à l'instant initial $t=0$. On le note $a_0$.
Relation clé : $a_0 = \lambda \cdot N_0$
En remplaçant ce terme, on constate avec fascination que l'activité suit exactement la même loi mathématique décroissante que le nombre de noyaux :
$$a(t) = a_0 \cdot e^{-\lambda \cdot t}$$
La courbe d'activité $a(t)$ a exactement la même forme plongeante que la courbe $N(t)$.
Application : Le principe de la datation radioactive
La loi de décroissance radioactive et la mesure de l'activité permettent de déterminer l'âge d'un objet ancien (fossile, roche, monument). C'est le principe de la datation radioactive (comme le Carbone 14 abordé dans la situation de départ).
Démonstration détaillée de la formule de datation :
On sait que l'activité d'un échantillon à un instant $t$ est donnée par : $a(t) = a_0 \cdot e^{-\lambda t}$.
Le but est de trouver le temps $t$ écoulé depuis la mort de l'organisme (instant $t=0$).
On divise par $a_0$ : $\frac{a(t)}{a_0} = e^{-\lambda t}$.
On inverse la fraction pour éliminer le signe moins de l'exposant : $\frac{a_0}{a(t)} = e^{\lambda t}$.
On applique le logarithme népérien ($\ln$) des deux côtés : $\ln\left(\frac{a_0}{a(t)}\right) = \lambda t$.
On isole le temps $t$ et on remplace $\lambda$ par $\frac{\ln(2)}{t_{1/2}}$ :
Remarque cruciale sur le choix de l'isotope pour la datation :
Pour qu'une datation soit précise et valide, il faut impérativement choisir un isotope radioactif dont le temps de demi-vie $t_{1/2}$ est du même ordre de grandeur que l'âge estimé de l'objet. Par exemple, le Carbone 14 ($t_{1/2} \approx 5730 \text{ ans}$) est parfait pour dater des objets archéologiques de quelques milliers d'années, mais il est inutile pour dater la formation de la Terre (qui nécessite l'Uranium 238 avec $t_{1/2} \approx 4,5 \cdot 10^9 \text{ ans}$).
Testez-vous
L'essentiel
Symbole du noyau : ${}_{Z}^{A}X$ avec $Z$ protons et $A$ nucléons. Le nombre de neutrons est $N = A - Z$. Des isotopes ont le même $Z$ mais un $N$ (donc $A$) différent.
Lois de conservation : Lors d'une réaction nucléaire, le nombre de masse global $A$ et le numéro atomique global $Z$ se conservent toujours (Lois de Soddy).
Types de radioactivité :
$\alpha$ (noyau d'hélium),
$\beta^-$ (électron, excès de neutrons),
$\beta^+$ (positron, excès de protons),
$\gamma$ (onde électromagnétique, désexcitation).
Loi de décroissance : Le nombre de noyaux diminue selon la loi exponentielle $N(t) = N_0 e^{-\lambda t}$.
Temps caractéristiques : La constante de temps $\tau = 1/\lambda$. Le temps de demi-vie $t_{1/2} = \frac{\ln(2)}{\lambda}$ est la durée nécessaire pour que la moitié des noyaux disparaissent.
Activité radioactive : Notée $a(t)$, elle représente le nombre de désintégrations par seconde (en Becquerel Bq). Elle obéit à la relation $a(t) = \lambda N(t)$ et suit la loi $a(t) = a_0 e^{-\lambda t}$.
4. Enrichissement et applications
La découverte de la radioactivité a bouleversé la science moderne et offre aujourd'hui de nombreuses applications technologiques, médicales et archéologiques :
La Datation archéologique (Situation de départ) : Le Carbone 14 est assimilé par tous les êtres vivants. À leur mort (comme l'arbre coupé pour construire l'Agadir), le C14 n'est plus renouvelé et commence sa décroissance radioactive. En mesurant l'activité restante $a(t)$ sur le bois aujourd'hui, et connaissant son $t_{1/2}$ (5730 ans), les scientifiques calculent le temps $t$ écoulé depuis la mort de l'arbre, donnant ainsi la date exacte de construction.
La Radiothérapie médicale : En médecine, on utilise des sources radioactives très ciblées (comme le Cobalt 60 ou l'Iode 131) émettant des rayonnements pénétrants (gamma ou bêta) pour brûler et détruire spécifiquement les cellules cancéreuses dans les tumeurs, sans chirurgie lourde.
Les Traceurs biologiques (Scintigraphie) : On injecte au patient une très faible quantité d'un produit radioactif à vie courte (qui disparaît vite du corps). Des caméras spéciales suivent le trajet des rayonnements émis de l'intérieur du corps, permettant aux médecins de filmer le fonctionnement des organes (thyroïde, cerveau) en temps réel.
La production d'Énergie : Bien qu'il s'agisse de fission provoquée, les principes de la physique nucléaire sont au cœur du fonctionnement des centrales nucléaires qui produisent de l'électricité propre en grande quantité.
Applications concrètes : Radiothérapie ciblant une tumeur, et datation au Carbone 14 pour l'archéologie.
Recherche d'approfondissement
Pour développer votre culture scientifique et technologique, vous pouvez orienter vos recherches vers les sujets suivants :
Les déchets nucléaires : Puisque la loi de décroissance est exponentielle, elle ne tombe mathématiquement jamais à zéro. Comment l'humanité gère-t-elle le stockage des éléments radioactifs qui ont un temps de demi-vie de plusieurs millions d'années ?
L'accident de Tchernobyl et Fukushima : Quelles furent les conséquences de la dispersion d'isotopes radioactifs volatils (comme l'iode ou le césium) sur la santé des populations et la nature de la zone d'exclusion ?
L'évolution du Soleil : Saviez-vous que la lumière et la chaleur du soleil proviennent de réactions nucléaires permanentes en son cœur ? Cherchez la différence entre la radioactivité naturelle et la fusion nucléaire stellaire.
5. Exercices corrigés
Exercice 1 : étude de la radioactivité d'un isotope médical
L'iode 131 (${}_{53}^{131}I$) est un isotope radioactif artificiel très utilisé dans le domaine médical, notamment pour le diagnostic et le traitement des maladies de la glande thyroïde. Il est instable car son noyau possède un excès de neutrons. Il se désintègre pour former un noyau stable de Xénon (${}_{Z}^{A}Xe$).
Questions :
1 Déterminer la composition complète (nombre de protons et nombre de neutrons) du noyau de l'iode 131.
2 En expliquant brièvement votre raisonnement basé sur les lois de conservation, écrire l'équation complète de la désintégration de l'iode 131 et trouver les valeurs de $A$ et $Z$ du noyau de Xénon formé.
3 Déduire la nature exacte du type de radioactivité observé lors de cette transformation nucléaire.
4 Le temps de demi-vie de l'iode 131 est $t_{1/2} = 8,0 \text{ jours}$. Calculer la constante radioactive $\lambda$ de cet isotope. (Pensez à convertir le résultat en jour$^{-1}$ puis en s$^{-1}$).
5 Un service hospitalier prépare à l'instant initial $t=0$ un échantillon d'iode 131 contenant $N_0 = 4,5 \cdot 10^{15}$ noyaux. Quelle est la signification physique de la demi-vie ? Combien de noyaux $N(t)$ restera-t-il exactement dans l'échantillon au bout de $16 \text{ jours}$ sans utiliser la loi exponentielle ?
6 Calculer l'activité initiale $a_0$ de cet échantillon au moment de sa préparation. L'exprimer en Becquerels (Bq).
7 En utilisant la loi de décroissance mathématique, calculer le nombre de noyaux $N(t)$ non désintégrés qui seront encore présents dans l'échantillon après une durée de $24 \text{ jours}$. Ce résultat est-il cohérent avec la notion de demi-vie ?
Voir la solution 1
Attention.
Attention aux unités ! L'activité en Becquerels (Bq) est le nombre de désintégrations par seconde. Pour calculer l'activité $a_0 = \lambda N_0$, il faut IMPÉRATIVEMENT que la constante $\lambda$ soit exprimée en seconde$^{-1}$.
1Composition du noyau d'Iode 131 :
Le symbole est ${}_{53}^{131}I$. Le nombre de protons est $Z = 53$. Le nombre de nucléons est $A = 131$. Le nombre de neutrons est $N = A - Z = 131 - 53 = \mathbf{78 \text{ neutrons}}$.
2Équation de désintégration :
L'énoncé stipule que l'iode a un excès de neutrons, il émettra donc un électron ${}_{-1}^{0}e$. L'équation est : ${}_{53}^{131}I \rightarrow {}_{Z}^{A}Xe + {}_{-1}^{0}e$
D'après les lois de Soddy :
- Conservation de la masse : $131 = A + 0 \implies A = 131$.
- Conservation de la charge : $53 = Z + (-1) \implies Z = 53 + 1 = 54$.
L'équation complète est :
3Type de radioactivité :
Puisqu'il y a émission d'un électron, il s'agit de la radioactivité $\beta^-$ (bêta moins).
4Calcul de la constante radioactive $\lambda$ :
On utilise la relation $\lambda = \frac{\ln(2)}{t_{1/2}}$.
En jours : $\lambda = \frac{\ln(2)}{8,0} \approx \mathbf{0,0866 \text{ jour}^{-1}}$.
Conversion en secondes : $8 \text{ jours} = 8 \times 24 \times 3600 = 691\,200 \text{ s}$.
$\lambda_{sec} = \frac{\ln(2)}{691\,200} \approx \mathbf{1,0 \cdot 10^{-6} \text{ s}^{-1}}$.
5Signification et calcul sans loi exponentielle :
La demi-vie est la durée nécessaire pour que la moitié des noyaux disparaissent.
$16 \text{ jours}$ correspond à exactement $2 \times t_{1/2}$.
Après un premier $t_{1/2}$ (8 jours), il reste $N_0 / 2$. Après le deuxième $t_{1/2}$ (16 jours), il reste la moitié de la moitié, soit $N(16) = \frac{N_0}{4}$.
$N(16) = \frac{4,5 \cdot 10^{15}}{4} = \mathbf{1,125 \cdot 10^{15} \text{ noyaux}}$.
6Activité initiale $a_0$ :
La formule est $a_0 = \lambda \cdot N_0$. On utilise obligatoirement $\lambda$ en $s^{-1}$ pour obtenir des Becquerels.
$a_0 = 1,0 \cdot 10^{-6} \times 4,5 \cdot 10^{15} = \mathbf{4,5 \cdot 10^9 \text{ Bq}}$.
7Calcul du nombre de noyaux après 24 jours :
On utilise la loi de décroissance $N(t) = N_0 \cdot e^{-\lambda t}$. On peut utiliser $t$ en jours si $\lambda$ est en jour$^{-1}$.
$N(24) = 4,5 \cdot 10^{15} \times e^{-0,0866 \times 24} = 4,5 \cdot 10^{15} \times e^{-2,078} \approx 4,5 \cdot 10^{15} \times 0,125 = \mathbf{0,5625 \cdot 10^{15} \text{ noyaux}}$. Cohérence : $24 \text{ jours}$ équivaut à $3 \times t_{1/2}$. Théoriquement, il doit rester $N_0 / 2^3 = N_0 / 8$. Et $4,5 / 8 = 0,5625$. Le résultat est parfaitement cohérent !
Exercice 2 : Exploitation du graphe logarithmique $Ln(N) = f(t)$
Afin d'étudier la radioactivité d'un échantillon d'Américium 241 (${}_{95}^{241}Am$), très utilisé dans les détecteurs de fumée domestiques, un chercheur a mesuré à l'aide d'un compteur Geiger le nombre de noyaux $N(t)$ présents à différentes dates. Pour faciliter le traitement des données, le chercheur a utilisé un tableur qui a tracé l'évolution du logarithme népérien du nombre de noyaux en fonction du temps : $\ln(N) = f(t)$. Le graphe obtenu est la figure ci-dessous.
Figure 2 : Évolution linéaire du logarithme du nombre de noyaux $\ln(N)$ au cours du temps.
Questions :
1 Rappeler l'expression de la loi de décroissance radioactive donnant $N(t)$.
2 En appliquant la fonction mathématique $\ln$ des deux côtés de cette relation (et en utilisant les propriétés encadrées dans le cours), montrer que l'on peut aboutir à l'équation littérale : $\ln(N) = -\lambda \cdot t + \ln(N_0)$.
3 Identifier le type de courbe représentée sur la figure 2. Expliquer comment cette courbe graphique valide la relation théorique démontrée à la question 2.
4 Par exploitation directe du graphique, déterminer la valeur de l'ordonnée à l'origine $\ln(N_0)$. En déduire, par calcul inverse, le nombre de noyaux initiaux $N_0$ présents dans l'échantillon à $t=0$.
5 Toujours par exploitation graphique, calculer le coefficient directeur (la pente) de cette droite. En déduire la valeur de la constante radioactive $\lambda$ (préciser l'unité issue du graphe).
6 Calculer la valeur du temps de demi-vie $t_{1/2}$ de l'Américium 241 étudié.
7 Sachant que l'activité obéit à la loi $a(t) = a_0 \cdot e^{-\lambda t}$, déterminer par le calcul la valeur de l'activité $a$ de l'échantillon après 10 jours.
Voir la solution 2
Attention.
C'est une méthode très prisée au Baccalauréat. L'équation théorique transformée $\ln(N) = -\lambda t + \ln(N_0)$ correspond parfaitement à l'équation mathématique d'une droite affine $y = a \cdot x + b$. Par simple identification, le coefficient directeur de la droite $a$ donne directement la valeur de $-\lambda$.
1Loi de décroissance : La relation fondamentale est
$N(t) = N_0 \cdot e^{-\lambda t}$
.
2Démonstration mathématique :
Prenons la loi et appliquons le $\ln$ de chaque côté :
$\ln(N(t)) = \ln(N_0 \cdot e^{-\lambda t})$
D'après la propriété $\ln(A \times B) = \ln(A) + \ln(B)$ :
$\ln(N(t)) = \ln(N_0) + \ln(e^{-\lambda t})$
D'après la propriété $\ln(e^x) = x$ :
$\ln(N(t)) = \ln(N_0) - \lambda t$
En réordonnant, on trouve bien :
$\ln(N) = -\lambda \cdot t + \ln(N_0)$
.
3Identification de la courbe :
La courbe représentée est une ligne droite qui ne passe pas par l'origine. C'est la représentation d'une fonction affine d'équation mathématique générale $y = a \cdot x + b$.
En posant $y = \ln(N)$ et $x = t$, la relation théorique démontrée précédemment donne une équation de la même forme, ce qui valide complètement le modèle physique de décroissance exponentielle.
4Détermination de $N_0$ :
Par identification, l'ordonnée à l'origine (quand $t=0$) est $b = \ln(N_0)$.
Sur l'axe des ordonnées du graphe, la droite démarre exactement à la graduation $36$. Donc $\ln(N_0) = 36$.
L'opération inverse du $\ln$ est l'exponentielle : $N_0 = e^{36} \approx \mathbf{4,31 \cdot 10^{15} \text{ noyaux}}$.
5Détermination de $\lambda$ :
Par identification, le coefficient directeur de la droite est $a = -\lambda$.
Calculons la pente en choisissant deux points éloignés sur la droite. Par exemple, le point A(0, 36) et le point B(30, 33).
$a = \frac{\Delta y}{\Delta x} = \frac{y_B - y_A}{x_B - x_A} = \frac{33 - 36}{30 - 0} = \frac{-3}{30} = -0,1$.
Puisque $a = -\lambda$, alors $\lambda = 0,1$. Sur l'axe des abscisses, le temps est en jours, donc l'unité de la pente est le jour$^{-1}$.
Résultat : $\mathbf{\lambda = 0,1 \text{ jour}^{-1}}$.
7Calcul de l'activité à $t=10$ jours :
Il faut d'abord convertir $\lambda$ en $\text{s}^{-1}$ pour obtenir un résultat correct de l'activité initiale en Becquerel : $\lambda_{sec} = \frac{0,1}{24 \times 3600} \approx 1,15 \cdot 10^{-6} \text{ s}^{-1}$.
L'activité initiale est $a_0 = \lambda_{sec} \cdot N_0 = 1,15 \cdot 10^{-6} \times 4,31 \cdot 10^{15} \approx 4,96 \cdot 10^9 \text{ Bq}$.
Appliquons la loi de décroissance de l'activité (on peut laisser le temps $t$ et le $\lambda$ initial en jours pour simplifier le calcul de l'exposant) :
$a(10) = a_0 \cdot e^{-\lambda t} = 4,96 \cdot 10^9 \times e^{-0,1 \times 10} = 4,96 \cdot 10^9 \times e^{-1} \approx 4,96 \cdot 10^9 \times 0,367 \approx \mathbf{1,82 \cdot 10^9 \text{ Bq}}$.
6. QCM : 30 questions
7. Documents à télécharger
Supports imprimables : activités, exercices et figures